Les actus

Bonescope recommande : Premier Contact

À la une / Chroniques ciné / Cinéma / 25/12/2016

Le film de science-fiction qu’il faut absolument aller voir au cinéma en cette fin de Décembre 2016 est Rog… Heu non, Premier Contact (Arrival) de Denis Villeneuve, avec Amy Adams et Jeremy Renner. (Et oui le fan de Star Wars que je suis ne vous conseille pas d’aller voir Rogue One mais un autre film de science-fiction)

Le synopsis du film est simple : Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks (Amy Adams) afin de tenter de comprendre leurs intentions.
Mais la simplicité s’arrête au synopsis. Le talent de Denis Villeneuve est d’avoir réalisé un film sur le décodage d’un langage extra-terrestre, que le spectateur doit à son tour décoder pour en apprécier la richesse.

Premier Contact est un chef-d’œuvre ! Et je parie que dans plusieurs années, il obtiendra le même statut que Rencontres du 3ème type et qu’il sera autant étudié que 2001 l’odyssée de l’espace. J’ai à peine écorché la surface du film et j’ai découvert plusieurs thèmes et symboles qui s’entremêlent et se retrouvent dans tous les aspects du film avec brio (je développe ces thèmes dans la seconde partie de l’article) et je suis sur qu’il y a beaucoup plus à découvrir.

La réalisation est parfaite, les acteurs, la direction artistique( les vaisseaux et la façon dont on y pénètre qui illustre à merveille le changement de perception à venir), les effets spéciaux (les extapodes), la musique (qu’il faut que j’écoute à tête reposée), la bande son (les sons et langage des aliens inédit et terriblement efficace), le montage, tout dans ce film est maitrisé et offre une approche inédite d’une histoire tant de fois abordée au cinéma comme en littérature. Autant que la forme, le fond est purement brillant et dévoile de multiples niveaux de lectures au fur et à mesure que l’on repense au film longtemps après la séance. Premier Contact est d’une certaine façon l’anti film Hollywoodien, adieu le manichéisme, les explosions à outrance, le nivellement par le bas, l’anti Independance Day Resurgence en somme !

Denis Villeneuve, qui petit à petit se fait une place parmi les grands à Hollywood, signe ici l’apothéose d’une carrière déjà bien remplie. C’est un fait, très peu de réalisateurs ont enchainé quatre films aussi bons que Prisoners (2013), Enemy (2013), Sicario (2015) et Premier Contact (2016), et surtout en aussi peu de temps.

Ce film, qui débute avec la confrontation d’une femme à l’impossible irruption d’extra-terrestres sur Terre, dépasse très largement le cadre du simple film de science-fiction et offre un symbolisme complexe et plusieurs niveaux de lectures qui ne prennent jamais le pas sur l’intrigue et les personnages.

spoiler_alert

Je ne peux aborder les thèmes développés dans le film, sans vous gâcher des révélations importantes, si vous n’avez pas vu le film, je vous conseille de ne pas lire ce qui suit.

Le plus fascinant avec Premier Contact, est que la réalisation sert la fin incroyable dès les premiers plans, le montage est absolument bluffant à ce niveau, chaque plan sert la révélation finale qui a son tour donne un nouveau sens aux premiers plans. Cet principle de cycle ce retrouve dans tous les aspects du film aussi bien techniques que narratifs.

Cet effet qui peut être perçu comme un effet de miroir, de réflexion (dans les deux sens du terme : Réflexion intellectuelle et réflexion d’image) est distillé durant tout le film :
– La baie vitrée à travers laquelle Amy Adams contemple l’extérieur et en même temps son reflet et donc sa propre vie.
– Le vaisseau alien qui ressemble à une lentille de contact
– La vitre opaque qui sépare l’univers des extra-terrestres et les humains.
– Les très nombreux écrans de télévision ou d’ordinateurs que l’on retrouve partout.
– Le langage extra-terrestre qui se lit dans les deux sens comme un palindrome que l’on retrouve dans le prénom de la fille de Louise, Hannah.

Ce langage qui quand il est décodé offre une nouvelle façon de percevoir la communication mais également le temps qui comme le cercle n’a ni début ni fin.

Ce jeu sur les sens de lecture se retrouve dans la notion d’humanité également, l’humanité toute entière, face au sentiment d’humanité. Le film pose des questions essentielles sur l’humanité à une époque où l’individualisme exacerbé provoque le repli sur soi et le rejet de l’autre. L’Art prend ici toutes ses lettres de noblesses et joue pleinement son rôle de réflexion et de pertinence face à son époque. Comment pouvons-nous communiquer avec l’être le plus étranger à notre espèce, alors que nous sommes incapables de dialoguer entre nous et de nous entendre pour construire un avenir meilleur ? Les intérêts à courts terme de chacun sont-ils compatibles avec la notion de paix ? Ne sommes-nous pas tous l’étranger de l’autre ?

À travers la notion d’humanité, Denis Villeneuve insiste particulièrement sur l’amour. L’amour, l’union, qui apporte les plus grandes révélations du film à l’instar d’Interstellar, mais avec un peu plus de subtilité, à mon avis.

Enfin la notion de Temps, de cycle occupe le reste du film, tout d’abord avec les 12 vaisseaux, comme les fuseaux horaires + 12 et -12, puis les rendez-vous avec les extra-terrestres à intervalles réguliers, Enfin avec la révélation finale des visions de Louise (Amy Adams) qui se « souvient » du futur. La fille que l’on voit au début est en fait celle qu’elle n’a pas encore eu. Le fait qu’il qu’il s’agisse de souvenirs du futur redistribue complètement les cartes, et de grande fresque de science-fiction, de réflexion sur l’humanité, le temps, le film bascule dans l’intime et finit avec deux amants enlacés. Ce plan offre une lecture totalement nouvelle du film et invite à un second visionnage pour en apprécier les subtilités qui nous ont échappées.

L’autre scène qui joue à merveille avec le temps et celle du dialogue au téléphone avec le général Chang qui clôt une intrigue brillante où les aliens parviennent grâce à leur perception du temps et donc du futur à obliger les terriens à coopérer en ne leur communiquant à chacun que des bribes d’information. Il est de plus nécessaire aux extra-terrestre de fournir cette technologie aux terriens car dans 3000 ans, ils auront besoin de leur aide pour trouver un remède à une maladie. La maladie qui est traitée de façon cyclique (encore) car la grande histoire rejoint la petite avec la maladie d’Hannah et qui sera la de plus raison de la séparation de ses parents. Ce qui nous divise  toi et moi maintenant nous réunira toutes les espèces de l’univers plus tard.

Le plus incroyable, c’est que tous ces thèmes se retrouvent dans le symbolisme du cercle, illustré notamment par le langage extra-terrestre.Le cercle qui est, dans ce qui apparait, une forme parfaite, homogène et fermée sur soi, est également, dans ce qui n’apparait pas, le vide, l’infini, l’éternité et l’ouverture vers l’inconnu. Le cercle véhicule la notion de temps (le cadran d’une horloge), mais également, la notion de protection et d’union entre deux mariés, on parle ainsi de cercle familial ou l’union entre les nations à travers le drapeau olympique ou européen. Autant de notions que l’on retrouve dans le film (et je n’ai même pas évoque le cercle comme représentation de l’univers, le cosmos sphérique chez les grecs ou l’ouboros, ce serpent qui se mord la queue).

Il y aurait beaucoup plus à écrire sur ce film, sur la musique de Johann Johannsson que je n’ai pas encore eu le temps d’écouter, ou la photographie sublime de Bradford Young. J’espère que le blu-ray du film offrira un commentaire audio très riche qui mettra la lumière sur des éléments qui m’auraient échappés.

C’est, quand on analyse tous ces thèmes et que l’on découvre avec quelle intelligence ils sont développés tout au long du film, que l’on réalise pleinement que Premier Contact n’est définitivement pas un film comme les autres. Et cela augure du meilleur pour Blade Runner 2049, que Denis Villeneuve a réalisé et qui sortira le 4 Octobre 2017.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer


Étiquettes : , , , ,



bOne

Fondateur de Fiction Pulp, graphiste, illustrateur et écrivain amateur visite les mondes imaginaires depuis 1977 et rêve depuis de moutons électriques, de planètes désertiques et d'elfes sylvains.




Previous Post

Alien Covenant : La bande-annonce

Next Post

BONESCOPE Recommande : Le passage





You might also like



1 Commentaire

on 24/02/2017

[…] la littérature et l’Art. Principalement des chroniques de fond, des analyses, comme celle de Premier Contact, où j’explore les thèmes et la symbolique du cercle dans le film. des recommandations, […]



tu as une question ou un commentaire ?


pour aller plus loin

Alien Covenant : La bande-annonce

Ridley Scott est de retour dans la galaxie Alien et après un petit égarement Prométhéen semble avoir retrouvé la hargne...

25/12/2016